Rivalités politiques au sein de l’APR : a quel jeu joue Macky ?

La promotion d’Abdoulaye Diouf Sarr comme patron de la Convergence des cadres républicains par le Président de l’Alliance pour la République (APR) est analysée comme un moyen de rééquilibrer les forces politiques au sein du parti beige-marron.

Jusqu’ici patron incontesté de Dakar, Amadou Bâ doit désormais prendre en compte la responsabilisation de Diouf Sarr qui, d’ailleurs, tout comme Mame Mbaye Niang, n’a jamais reconnu l’existence d’un patron de l’APR à Dakar à part le président Macky Sall. Invité de l’émission « Faram Facce » de la TFM du 17 octobre dernier, le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, par ailleurs maire de Yoff avait clairement indiqué qu’il « n’y a pas de patron APR à Dakar, qu’il n’y a que des collaborateurs politiques autour du président Sall.

Et pour être clair, personne ne le dirige ni à Yoff ni à Dakar ». Un peu plus d’un mois auparavant, le ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang avait fait entendre que « le seul patron de Dakar est le président de la République Macky Sall ».

De telles sorties sont une réponse à ceux-là qui ont intronisé ipso facto, le ministre des Finances Amadou Ba, comme patron des apéristes à Dakar depuis que le président Macky Sall l’a choisi pour diriger la liste Benno lors des législatives à Dakar. Amadou Bâ était conforté dans cette posture de leader dans la capitale quand il a remporté les législatives à Dakar.

112 940 voix contre 110 005 pour Mankoo Taxawu Senegaal (MTS). Soit une différence de 2885. A Yoff, fief de Diouf Sarr, Benno avait obtenu 11300 voix contre 7905 pour MTS. Aux Parcelles assainies, Amadou Ba avait engrangé 16838 voix contre 15867 pour Moussa Sy, candidat de MTS qui a transhumé depuis. Soit une différence de 971 voix.

Il faut souligner que, lors de ces élections, le parti au pouvoir a signé des milliers d’ordres de mission à des agents de l’administration pour qu’ils aillent voter aux PA. D’ailleurs, ce transfert irrégulier d’électeurs disposant d’un simple ordre de mission pour changer de lieu de vote a été décrié et dénoncé comme un moyen de fraude pour faire basculer ce fief de Khalifa Sall dans le camp présidentiel. Dans tous les cas, le président Macky Sall était convaincu que cette victoire à la Pyrrhus dans la capitale (34 %) est loin de ce qu’il attend d’une ville comme Dakar qui polarise presque le 1/3 de l’électorat national.

C’est pourquoi, a-t-il dû penser, confier les destinées de Dakar à Amadou Bâ à Dakar sans y associer d’autres responsables de grande envergure serait synonyme inéluctablement, pour lui, d’une défaite électorale cuisante à la prochaine présidentielle. Conscient de cet enjeu électoral, le président Macky Sall a donc, lors du Secrétariat exécutif de son parti tenu le 6 novembre dernier, promu Abdoulaye Diouf Sarr patron des Cadres républicains, poste vacant depuis la démission de Thierno Alassane Sall. C’est la récompense d’un engagement politique et d’une bonne représentativité populaire dans son fief de Yoff, l’une des rares communes qui ait échappé à la razzia de MTS.

Mame Mbaye Niang, le sonneur de tocsin Quant à Mame Mbaye Niang qui n’a aucun fief à Dakar, s’il se permet de nier le leadership d’Amadou Bâ à Dakar, c’est pour régler le contentieux sur le scandale du Prodac dont la mission d’audit avait été effectuée par l’Inspection générale des Finances qui dépend du ministère de l’Economie et des Finances. Mais quand Mame Mbaye Niang effectue de telles sorties incendiaires, c’est parce qu’il a l’onction du chef de l’APR. On se rappelle à ce propos la sortie vitriolée qu’il avait effectuée contre Aminata Touré, alors Premier ministre du Sénégal, dans le journal l’Enquête du 04 janvier 2014.

Il lui niait toute posture de N° 2 de l’APR. Un pilonnage qui annonçait effectivement le crépuscule de Mimi en tant que chef du gouvernement. Morceaux choisis dans cette logorrhée virulente de l’alors président du Conseil de surveillance de la Haute autorité de l’aéroport Léopold Sédar Senghor, contre le chef du gouvernement de l’époque : « Aucun président de la République ne va accepter, après avoir été élu par les Sénégalais, de laisser prendre son pouvoir ou ruiner ses prérogatives par quelqu’un qui a été nommé par lui.

Mais les gens, dès que vous les nommez, ils commencent à développer des esprits de groupe, des tendances sectaires, à avoir des ambitions, au point d’en oublier ceux qui les ont choisis. Ils développent des stratégies d’implantation, de maillage, de noyautage, en se disant : ce pourrait être moi. Ce n’est pas acceptable, et il faut que ceux qui nourrissent ces ambitions fassent attention.

Quelle influence un Premier ministre peut-il avoir, alors qu’il est simplement le premier des exécutants ? Comment un Premier ministre peut avoir de l’ambition au détriment de celui qui l’a nommé ? Dès qu’on se met dans cette dynamique, on cesse de penser au pays, au travail, pour se mettre dans une sorte de lissage de son image et de sa personnalité…

On ne défend plus le président de la République, on se défend et on pense déjà à un mouvement, une association, en se disant qu’on a déjà un destin créé. On sait qui est qui au Sénégal. Qui connaissait tous ces gens avant qu’ils ne soient nommés ? La plupart de ceux qui réclament aujourd’hui une légitimité étaient des salariés payés par Macky Sall (dont Mimi Touré : ndlr)… Dans notre parti, la seule légitimité est celle acquise au combat, par son engagement, et je pense que Mimi gagnerait à faire la différence entre responsabilité étatique et responsabilité politique. »

La messe était dite pour l’alors Premier ministre… On ne peut pas dire que la sortie moins incisive mais très significative de Mame Mbaye Niang contre le leadership d’Amadou Bâ à Dakar annonce une défenestration politique de ce dernier puisqu’il serait suicidaire pour Macky Sall, à quelques encablures de la présidentielle, de 2019 de toucher à un seul ministre de son gouvernement.

Surtout qu’Amadou Bâ, loin d’être un nain, a gagné ses galons politiques ces dernières années. Aujourd’hui solidement assis sur une puissance financière, le ministre des Finances s’est construit un réseau solide au sein de l’administration en sus de sa base politique aux Parcelles qui est devenue une réalité.

Surtout que Moussa Sy, son principal challenger, affaibli par la transhumance, ne constitue plus un danger politique même si Macky Sall envisage d’en faire un contrefeu pour endiguer l’ascension du nouveau leader politique des Parcelles Assainies. Hélas, pour Macky Sall, il est à craindre que ces oppositions éparpillées et hétéroclites au sein de l’APR qu’il utilise comme une arme pour neutraliser certains Icare incontrôlables finissent par se révéler dévastatrices. Pour lui, bien sûr…

Avec Dakarmatin




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