En matière de vérité, El Hadji Barham Niass ne fait pas la différence entre ses talibés et l’Etat. Ils sont tous logés à la même enseigne dans un discours à la fois spirituel et temporel.
 
El Hadji Barham Niass, moukhadame de Baye Niass à Keur Madiabel n’est plus. Il a été rappelé à Dieu ce samedi 02 janvier 2021 à l’âge de 85 ans. le défunt est le fils aîné de Baye Mbaye Niass, petit frère de Cheikh Al Islam, El Hadji Ibrahima Niass.
 
Ce guide religieux est particulièrement connu pour son ascétisme et son franc-parler. Les mondanités ne l’ont jamais intéressé toute sa vie durant. Il invitait toujours ceux qui l’écoutaient à travailler et à adorer Dieu.
 
« Vous qui vivez avec moi, vous savez que je me suffis d’une paire de chaussure et je n’ai pas besoin de plus deux habits. Si je porte l’un aujourd’hui, je prends l’autre le lendemain. Même s’il y a une partie qui suinte dans ma case de paille, je me déplace dans un autre coin. J’aurais toujours un espace pour y vivre. Personne ne peut donc faire de moi son esclave, je resterai toujours dévoué à Allah », disait-il à la population de Keur Madiabel.
 
Publiquement, il demandait à tous ceux qui pensent qu’il dépend d’eux d’arrêter de lui venir en aide et d’observer la suite. « Je ne compte sur aucune créature. Dieu me suffit largement. C’est à lui que je m’adresse pour mes besoins », assènait-il.
 
Pourtant, c’était quelqu’un de très impliqué dans la vie de ses concitoyens, ceux de sa localité en particulier. El Hadji Barham Niass est connu pour son discours de vérité à la fois pour la population, les autorités religieuses et les tenants du pouvoir.
 
Habitant du bassin arachidier, agriculteur lui-même, il ne cessait de regretter certaines pratiques jugées déplorables. « Il y a une réalité que j’ai vue chez nous les paysans et qui doit cesser. On consomme tout ce que nous avons, nous ne gardons rien en réserve. Et après, on se tourne du côté de l’Etat pour lui demander de nous donner des semences sous forme de prêt », martelait-il.
 
Une façon pour lui de rappeler aux paysans qu’ils doivent travailler à trouver eux-mêmes les semences dont ils ont besoin et éviter de toujours compter sur l’Etat, surtout qu’à ses yeux, ces prêts sont ruineux pour les paysans.
 
El Hadji Barham Niass rappelait toujours aux cultivateurs la nécessité de cultiver beaucoup de mil pour assurer leur autosuffisance. « Puisqu’on ne peut pas ne pas manger, commençons par semer du mil », invitait-il.
 
Un kilo d’arachide pour un kilo de riz
 
De la même manière qu’il disait aux paysans ses vérités, il était aussi sans concession avec les tenants du pouvoir. Il leur rappelait tous qu’ils sont fils de paysans, car disait-il, aucun natif de Dakar n’est encore président de la République du Sénégal. Tous sont issus des régions, singulièrement des régions agricoles.
 
C’est pourquoi il n’a jamais compris ce peu de soutien de l’Etat de la part du monde paysan. A titre illustratif, il a toujours trouvé modique le prix du kilogramme d’arachide. « Tant que le kilogramme d’arachide ne peut pas acheter un kilo de riz, je ne suis pas d’accord », disait-il inlassablement. Non sans rappeler, en guise d’exemple, qu’il a vendu lui-même le kilo d’arachide à 105 F, alors que son équivalent en riz coûtait plus de 200 f.
 
Fils d’un érudit, nourri à la science islamique, ses discours s’appuient toujours sur le Coran, la Sounnah et les écrits de Baye Niass. Conscient de son rôle social, il ne passait jamais sous silence les faits de société. C’est pourquoi d’ailleurs, il ne cessait de s’insurgeait contre ces formes de mariage où l’homme dépense tout ce qu’il a avant l’arrivée de la femme. Ce qui installe le couple dans une précarité structurelle.
 
De la même manière, il profitait toujours des rencontres religieuses pour inviter chaque habitant de Keur Madiambal à arrêter de considérer son voisin comme la source de ses maux. Il leur demandait de travailler au lieu de chercher toujours à identifier des obstacles parmi les villageois.
 
« J’ai formulé toutes sortes de prières, je me suis déplacé plusieurs fois pour une seule raison : que les gens arrêtent de dire que c’est tel qui m’empêche d’avancer. C’est à cause de tel que mon fils n’arrive plus à mémoriser ce qu’il apprend. Croyons en Dieu, Il est le Seul qui décide », répétait-il durant ses causeries.
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