Maître Valdiodio N’diaye ou (Waldiodio Ndiaye) (1923-1984) est un homme politique sénégalais, plusieurs fois ministre, également maire de Kaolack, sa ville natale. Il se distingue aux yeux des Africains en affrontant le général de Gaulle en 1958. Puis son destin bascule en 1962 lorsque, sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, il est accusé de complot contre l’État, aux côtés deMamadou Dia. Il passe alors douze années en prison, coupé de sa famille. Aujourd’hui encore cet épisode dramatique de l’histoire du Sénégal reste un sujet sensible et certains continuent de s’interroger sur le sens de cette élimination dans un pays naissant qui passait alors pour un modèle de démocratie.
 
Prince héritier du royaume des Sérères Guelwar, Valdiodio Ndiaye est né le 7 avril 1923 à Kaolack. Il effectue d’abord sa scolarité au lycée Faidherbe de Saint-Louis, puis poursuit de brillantes études juridiques à la Faculté de droit de l’Université de Montpellier où, avec une thèse intitulée La notion de citoyenneté dans l’Union française, il décroche un doctorat en 1951.
 
Valdiodio Ndiaye, charismatique avocat. De son nom, il ne reste aujourd’hui que les lettres noires qui ornent l’enceinte du lycée éponyme, sis à Kaolack, ville fluviale du bassin arachidier dont il était originaire.
 
Toute une génération a pourtant été marquée par son discours sur la Place Protêt (rebaptisée Place de l’Indépendance en 1961), à Dakar, le 26 août 1958. Alors que le président est en Normandie et que Mamadou Dia est retenu en Suisse pour une cure, c’est Valdiodio Ndiaye qui reçoit le Général de Gaulle, lequel achève à Dakar un périple africain qui l’a mené à Fort-Lamy (actuelle N’Djamena), Alger, Brazzaville, Abidjan ou encore Conakry.
 
Une tournée dans les colonies, un mois seulement avant le référendum constitutionnel qui posera les bases de la Ve République. À travers ce vote, les colonies africaines doivent choisir : la « communauté avec la France », en votant oui ; ou « l’indépendance dans la sécession », en votant non.
 
Sur le plan politique, il occupe d’importantes fonctions au Bloc démocratique sénégalais (BDS) et à l’Union progressiste sénégalaise (UPS).
 
Nommé ministre de l’Intérieur du Sénégal le 18 mai 1957 et de la Fédération du Mali, il prononce un discours mémorable adressé au général de Gaulle le 26 août 1958, à la veille du référendum du 28 septembre 1958. Il prononce notamment cette phrase, promue au rang de slogan : « Nous disons indépendance, unité africaine et confédération ».
 
Plaidoyer indépendantiste
 
Devant une foule galvanisée et un général de Gaulle « visiblement irrité », selon certains récits de l’époque, Valdiodio Ndiaye déroule son plaidoyer en faveur de l’indépendance sénégalaise. « Le peuple d’Afrique, comme celui de France, vit en effet des heures qu’il sait décisives et s’interroge sur le choix qu’il est appelé à faire. Dans un mois, le suffrage populaire, par la signification que vous avez voulu donner à sa réponse Outre-mer, déterminera l’avenir des rapports franco-africains. Il ne peut donc y avoir aucune hésitation. La politique du Sénégal, clairement définie, s’est fixé trois objectifs qui sont, dans l’ordre où elle veut les atteindre : l’indépendance, l’unité africaine et la Confédération », tonne-t-il.
(Audio) Déclaration d’indépendance du Sénégal proclamée par Valdiodio Ndiaye
 
Devenu maire de Kaolack en 1960, il est nommé ministre des Finances en novembre 1962.
 
Avec le président du Conseil, Mamadou Dia, et trois autres de leurs compagnons, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Alioune Tall, il est accusé de « tentative de coup d’État » en décembre 1962. Condamné à 20 ans de prison en mars 1963, il est finalement libéré au bout de 12 ans, le 27 mars 1974, et reprend alors sa carrière d’avocat.
 
En 1981, il participe à la fondation du Mouvement démocratique populaire (MDP) avec Mamadou Dia, mais s’éloigne de celui-ci en 1983 et rejoint le Parti socialiste (PS). Lors de l’élection présidentielle sénégalaise de 1983, il apporte son soutien au président sortant Abdou Diouf.
 
Valdiodio Ndiaye meurt l’année suivante, le 5 mai 1984 ; il est inhumé à Kaolack, sa ville natal, dont il fut pendant longtemps le maire.
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